07/11/2016

Automne

DSCF4028.jpg

Novembre est déjà entamé et le temps va trop vite. Oui, il fait froid (une petite vague polaire et humide), mais il y a eu, les jours derniers, des flamboyances splendides, et depuis octobre, je respire enfin. L'automne, la saison que j'aime par-dessus tout, est là.

Je reproduis ici deux extraits de livres magnifiques, "Les chemins noirs" de Sylvain Tesson, et surtout "L'hiver aux trousses" de Cédric Gras, que je suis en train de lire. Tous les deux rendent un bel hommage à l'automne.

D'abord, quelques extraits du livre de Cédric Gras : 

"(...) Ensuite parce que j'aime l'automne éperdument. Il est un éloge de la tristesse, et non du désespoir. Il m'est une paix sereine une fois l'an. Septembre, octobre et parfois novembre n'ont pas d'autre ambition que d'en finir posément. 

(...) Il m'a toujours semblé que l'été est un dessin d'enfant colorié à l'aide d'une boîte de crayons de six couleurs. Ses teintes sont primaires, le ciel est trop bleu, les nuages immaculés, l'herbe grassement verte et le soleil, une pépite aveuglante. Le spectre des pigments est utilisé sans art. C'est un monde sans nuances où les feuilles sont gorgées de chlorophylle, la mer est azur et les couchants pareils à ceux des cartes postales. Cela empeste les vacances et la canicule. Le voyage doit avoir un autre éclat.

(...) J'aime contempler sans fin les ramures cramoisies. Et si les bonheurs sont toujours éphémères, l'automne est particulièrement fugace. C'est une demi-saison de vents et de pluies, coupée de purs éclats. Son essence est de nous conduire de l'opulence au dénuement. C'est une lueur à part, un soleil tiède et doux, une concorde et une harmonie. Je voulais que la Terre entière cesse de tourner, non sur elle-même, mais autour du soleil. J'avais décidé de prolonger cette saison furtive et incendiaire. 

(...) J'aime tant cette période maudite des vacanciers, qui accompagne le déclin des jours. Les foules aiment les bourgeons d'avril et les chaleurs de juillet. Moi, je ne revis que dans cet automne éclatant dont Toulouse-Lautrec disait si joliment qu'il est le "printemps de l'hiver"."

Et dans "Les chemins noirs", Sylvain Tesson, cheminant justement avec Cédric Gras, quelque part dans la France profonde, en automne aussi, écrit :

"Gras me disait ses voyages dans les forêts de Sibérie. Il était parti traverser l'Extrême-Orient russe du nord au sud, de manière que sa descente accompagnât la progression de l'automne vers les basses latitudes. Escortant l'entrée des forêts dans l'hiver, il assurait le service mortuaire des arbres. Je lui déroulais ma théorie des saisons : jusqu'à l'automne, les forêts étaient des masses indistinctes où l'oeil aurait été en peine de distinguer un arbre de son voisin. Soudain, l'automne arrivait, allumait ses flammèches. Tel arbre au cycle plus court s'embrasait. Ici ou là dans le couvert, des touches de feu s'individualisaient. Un arbre devenait un être distinct. Puis il s'éteignait pour l'hiver."

Les commentaires sont fermés.