25/01/2017

Livres et films

couverture.jpg

Quelques livres et films que je vous recommande.

Livres

"Canal Mussolini", d'Antonio Pennacchi. L'auteur est né à Latina en 1950, une ville située dans les anciens Marais pontins, asséchés pendant le régime fasciste. Il est lui-même issu d'une famille de colons implantés là dès les années 20, et qui venaient de Vénétie, d'Émilie-Romagne et du Frioul, à l'appel du pouvoir fasciste, pour mettre en valeur ces terres marécageuses ravagées par le paludisme. Le narrateur, dans un style fleuri, baroque, savoureux, retrace l'épopée de ces métayers pauvres de la plaine du Pô, souvent socialistes ou communistes à l'origine, et qui ont ensuite rallié le fascisme. Canaux de drainage, fermes nouvelles, villes créées de toutes pièces, mais aussi antagonisme avec les populations locales, dans les montagnes voisines, qui voient d'un mauvais oeil cette colonisation imposée. Un chef d'oeuvre.

En revanche, j'ai un peu moins aimé "Mon frère est fils unique", du même auteur. Deux frères, nés dans la ville de Latina, suivent un temps des chemins différents. Le cadet adhérera pendant quelques mois au Mouvement Social Italien (MSI), le parti néo-fasciste, tandis que l'aîné, syndicaliste, militera à l'extrême gauche. C'est toute la vie politique et sociale de l'Italie des années 60 et 70 qui défile ici, d'une manière très vivante, mais souvent embrouillée, parfois ennuyeuse. Ce livre a fait l'objet d'une adaptation au cinéma, par Daniele Luchetti en 2007.

"Zinc", de David Van Reybrouck. Ce petit livre est le récit de la vie d'Emil Rixen, un homme qui changea plusieurs fois de nationalité au cours de sa vie, et du petit territoire où il vécut, Moresnet-Neutre. Pendant plusieurs décennies, ce territoire minuscule, coincé entre les Pays-Bas (puis la Belgique) et l'Allemagne, doté d'une grande mine de zinc, fut un no man's land régi par des lois étranges, carrefour de tous les trafics, lieu de toutes les ambiguïtés. 

"Les fous du roi", de Robert Penn Warren. Ce roman, publié en 1946, a fait l'objet de deux adaptations, l'une en 1950 (due à Robert Rossen) et l'autre en 2006 (avec Sean Penn). Le narrateur, un journaliste, a été envoyé par son journal suivre l'émergence d'un homme politique d'un type nouveau, Willie Stark, dans une petite ville du Sud. Justicier incorruptible et véhément, il s'attaque aux puissants, aux combinards, aux pouvoirs en place. Plus tard, Willie Stark, après avoir triomphé de ses adversaires, deviendra gouverneur de son État et glissera à son tour dans la corruption et les abus de pouvoir, tout en pratiquant une politique sociale progressiste et en lançant de grands travaux (routes, ports, universités, hôpitaux). Ce livre et les films qui en ont été tirés s'inspirent de la vie de Huey Long, politicien démocrate et populiste de Louisiane, démagogue, autoritaire, social et fascisant, assassiné en 1935.

"L'amie prodigieuse", d'Elena Ferrante. J'ai lu le premier tome de cette saga familiale, écrite par une écrivaine dont on ne connaît pas la véritable identité. L'histoire d'une amitié entre deux jeunes filles, dans le Naples populaire des années 50 et 60, et de la divergence croissante de leurs destinées.

"Du yéti au calmar géant", de Benoît Grison. Un beau tour d'horizon, richement illustré, par le biologiste Benoît Grison, de la cryptozoologie, discipline vouée à l'étude des animaux mystérieux et non encore découverts. Certains resteront sans doute à l'état de mythes ou de canulars, d'autres en revanche s'avèrent plausibles, même si les preuves matérielles restent encore à réunir.

 

Films 

"Baccalauréat", de Cristian Mungiu (Roumanie, 2016). Dans une petite ville de Transylvanie, la fille d'un médecin hospitalier et d'une bibliothécaire a la possibilité de bénéficier d'une bourse pour aller étudier en Angleterre. Elle quitterait ainsi la Roumanie, pays à la dérive où ses parents digèrent mal leurs échecs et la grisaille de leurs vies. A la veille d'un examen crucial, la jeune fille est agressée et échoue. Il est peut-être possible d'arranger les choses, mais pour cela le père de l'étudiante devrait renier ses principes et faire marcher combines et pistons, et s'engager dans des compromissions et des manoeuvres douteuses. Personne n'est blanc, personne n'est noir dans cette histoire, tout le monde baigne dans une zone grise, amère, où on s'arrange, où on triche, un peu, beaucoup.

"La loi de la jungle", d'Antonin Peretjatko (France, 2016). Je n'avais pas beaucoup aimé le précédent film de Peretjatko, qui m'avait passablement ennuyé, mais celui-ci vaut le détour. C'est absolument jouissif, déjanté. Le couple mal assorti joué par Vincent Macaigne et Vimala Pons est chargé de superviser la réalisation d'une piste de ski indoor dans la jungle de Guyane française. Des rebondissements absurdes, des gags délirants, j'ai bien aimé.

"Paterson", de Jim Jarmusch (USA, 2016). Le dernier Jarmusch est tout doux, il ne s'y passe finalement pas grand-chose, c'est simplement une tranche de vie d'un gentil petit couple, un conducteur de bus poète, et sa compagne, styliste et pâtissière. On passe un beau et bon moment.

"Le client", d'Asghar Farhadi (Iran, 2016). Un couple d'intellectuels de Téhéran a pu trouver un nouveau logement. Pendant une absence momentanée de son mari, la jeune femme a été agressée, peut-être violée, par un inconnu. Quelle a été la gravité de l'agression ? Qui est le coupable ? Que peut-on dire, que peut-on cacher ? Le trouble, le secret, les interdits religieux et sociaux, la vengeance, la culpabilité, la honte, tout cela est présent dans ce film âpre, très juste et fort.

"Olli Mäki", de Juho Kuosmanen (Finlande, 2016). Tourné en 16 mm noir et blanc, avec de la pellicule Kodak Tri-X, ce qui rend encore plus crédible l'atmosphère de l'époque, ce film montre un moment de la vie du boxeur Olli Mäki, qui, en 1962, affronta un champion noir américain, et perdit ce match, assez lamentablement, parce que son esprit, et donc sa capacité de concentration, d'entraînement, était entièrement occupé par un amour naissant. C'est savoureux, plein de charme, et c'est une histoire vraie.

Commentaires

Je n'ai lu aucun des livres que vous citez mais vous m'avez donné envie de m'attaquer à "Zinc". Il faudra aussi que je me mette à Elsa Ferrante, tellement on en parle.

Au cinéma, "Baccalauréat", "Paterson" et "le client" sont effectivement les très bons films de ces derniers mois. Je n'ai pas vu "La loi de la jungle" et "Olli Mäki".

Bien à vous

Carmilla

Écrit par : carmilla | 2017-01-27 à 08.07

"Zinc", c'est très bien, mais très court. On l'a fini en quelques heures.
Elena Ferrante, j'ai bien aimé, mais je ne suis pas sûr d'avoir envie de lire la suite de la saga.
Ma vraie découverte, très impressionnante, c'est "Canal Mussolini".

Écrit par : nuages | 2017-01-27 à 09.52

Les commentaires sont fermés.